
Ce vichy rose faisait clairement partie de la deuxième catégorie.
Je l’avais déniché dans une recyclerie il y a maintenant deux ans et demi et j’avais immédiatement eu un véritable coup de cœur. Et pourtant, du vichy rose, ce n’est pas franchement étonnant venant de moi ! Mais celui-ci avait quelque chose de particulier : loin du traditionnel vichy en coton, il s’agit d’un polyester avec un très joli tombé et surtout une légère brillance qui lui donne énormément de charme.

Le seul problème ? Je n’en avais qu’une quantité limitée. Autant dire que je n’avais absolument pas envie de sacrifier ce tissu à un projet que je pourrais regretter quelques mois plus tard.
Il aura donc fallu attendre plus de deux ans avant que je me décide enfin.
Lorsque j’ai imaginé cette robe, je savais exactement ce que je voulais : une petite robe d’été légère et féminine, assez près du corps, avec un petit esprit rétro.
Je suis partie d’un patron du commerce, mais je l’ai pas mal retravaillé afin d’obtenir la silhouette que j’avais en tête et, surtout, une robe parfaitement adaptée à mes mesures et à ma morphologie. La quantité de tissu disponible a également participé au choix du modèle. Impossible d’imaginer une robe avec des mètres et des mètres d’ampleur ! Il fallait optimiser mon coupon. Une longueur assez courte et une silhouette ajustée étaient donc parfaites.

Restait un petit problème : aussi magnifique soit-il, ce tissu est en polyester. Pour une robe destinée à être portée en plein été, ce n’était pas forcément mon premier choix en matière de confort.
J’ai donc décidé de doubler entièrement la robe avec un voile de coton extrêmement fin, doux et respirant.
C’est finalement une association que j’aime énormément : à l’extérieur, je profite du tombé, de la brillance et du côté peu froissable de mon vichy ; contre la peau, je ne sens que le voile de coton.
Et comme celui-ci est particulièrement léger, la doublure n’alourdit pas la robe et ne lui donne pas cet effet de double épaisseur trop chaude que je voulais absolument éviter pour l’été.

Après avoir attendu deux ans et demi avant d’oser couper ce tissu, autant vous dire que je n’avais pas très envie de bâcler la couture !
J’ai pris mon temps. Beaucoup de temps.
J’ai particulièrement soigné les ajustements et les finitions afin d’obtenir une pièce aussi impeccable que possible. Et lorsque je l’ai enfin terminée, j’ai ressenti cette petite satisfaction que seuls certains projets arrivent à provoquer.
Ce n’est peut-être pas, au premier regard, la pièce la plus spectaculaire que j’ai cousue. Elle reste une petite robe d’été assez simple. Pourtant, c’est probablement l’une des créations de ma garde-robe dont je suis la plus fière.
Parce qu’elle représente ce tissu conservé précieusement pendant des années. Cette idée que j’avais en tête. La peur de couper au mauvais endroit ou de choisir le mauvais projet. Et finalement, le plaisir de regarder la robe terminée et de me dire : oui, c’était exactement ça que je voulais en faire.